Les ONG craignent le pire alors que le nombre de personnes qui tentent de rejoindre l’Europe par la mer depuis la Libye est en augmentation depuis la mise en place des mesures de confinement.

 

Les 7 et 9 avril, les autorités italiennes et maltaises avaient décidé de fermer leurs ports aux navires humanitaires, prétextant qu’ils étaient devenus « non sûrs » en raison de la pandémie. Actuellement, plus aucun bateau de sauvetage ne patrouille en Méditerranée après que l’Alan Kurdi et l’Aita Mari ont été saisis les 5 et 7 mai par les autorités italiennes.

 

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) craint particulièrement que la suspension des activités de sauvetage en Méditerranée ne mène à des « naufrages invisibles », alors que le contexte est à une forte hausse des départs de migrants depuis la Libye vers l’Europe par la mer : ils ont augmenté de 290 % entre janvier et avril 2020 par rapport à la même période en 2019, selon les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).  

Cette augmentation s’est confirmée ces derniers jours : selon l’OIM, cinq bateaux transportant 387 personnes en direction de l’Europe ont été interceptés entre le 24 et le 25 mai par des garde-côtes libyens, ce qui porte à 1 000 le nombre de personnes ayant tenté la traversée depuis le 1er mai. L’ensemble de ces personnes, dont deux ont été retrouvées mortes à bord d’une embarcation, a été placé en détention dans un centre à l’est de Tripoli. Depuis, d’autres départs ont été signalés: un premier le 26 mai, lorsque 90 personnes ont été ramenées en Libye après avoir été secourues par un bateau commercial et un second le 27 mai, après qu’un groupe de 80 personnes, qui se trouvaient à la dérive dans les eaux territoriales de Malte, a lancé un appel à l’aide via l’association Alarm Phone.

Les renvois vers la Libye ont été vivement critiqués par l’OIM et plusieurs autres organisations, qui insistent depuis plusieurs années sur le fait que les ports libyens ne peuvent être considérés comme des ports « sûrs ». Coincés dans un pays en pleine guerre civile et livrés à la merci de trafiquants, les migrants en Libye doivent actuellement faire face aux conséquences économiques et sociales de la pandémie de COVID-19. Ainsi, selon le HCR, 75 % des migrants et réfugiés qui sont employés dans le pays, principalement dans l’économie informelle, ont perdu leur emploi suite aux mesures de confinement adoptées depuis le début de la crise sanitaire.

 

Publié par France Terre d'asile le 28 mai 2020.

 

Photo: Une embarcation en mer Méditerranée le 21 avril 2018. © Tim Lüddemann